Sur la période 1981-2004, la profession dans le domaine de la comptabilité a connu une période assez calme point de vue évolutions malgré les révolutions technologiques successives. Aussi curieux que cela puisse paraître, on peut rétrospectivement considérer cette période comme relativement stable et sereine car les fondamentaux de l’exercice professionnel, c’est-à-dire les clients, le périmètre des missions, les intervenants du marché et les comportements des hommes n’ont pas été impactés. En outre, la déontologie, considérée à tort ou à raison comme assez stricte, jouait pleinement sa fonction de régulation permettant de tempérer ces révolutions. Durant la période, 2004-2011, les choses s’accélèrent pour ne plus s’arrêter ensuite. Certains événements ponctuels comme des mutations progressives sont venus bouleverser les facteurs en latence. Une réelle remise en cause du microcosme professionnel de l’environnement dans lequel évolue la profession est à jour.

L’incessante complexification de la réglementation technique

Force est de constater une forte complexification technique et l’accélération des réformes dans les domaines d’intervention de l’expert-comptable. Ces derniers sont assaillis au quotidien par une véritable logorrhée réglementaire : lois ,décrets, arrêts, instructions administratives, avis, conventions collectives, jurisprudence et revirements dus à l’intervention des instances européennes. Au-delà de la difficulté pratique à suivre cette actualité quotidienne, cette évolution a des impacts lourds sur la gestion au sein des cabinets et le cadrage de la profession. Toute cette complexité à bien entendu toujours encouragé les entreprises à faire appel à un professionnel pour les libérer de ces contraintes et les rassurer. Dans ce contexte en mouvance les experts-comptables sont devenus, au fil des ans, des simplificateurs de complexité. Cependant, la bienfaisante complexité a atteint son paroxysme et les avantages se sont mutés peu à peu en handicaps. Le premier effet de cette complexification croissante est qu’elle rend inéluctables concentration et spécialisation pour mettre en commun les compétences. Les risques sont trop importants à l’heure où la responsabilité des experts-comptables est de plus en plus souvent pointée du doigt dès que l’engrenage rencontre une problématique issue de différentes convergentes au point de créer des failles.

Vers une simplification des démarches et des structures

Afin de permettre un essor de la croissance et la soutenir sur le long terme, divers textes et projets sur les simplifications comptables ont vu le jour. En effet, il est maintenant assez largement admis, en Europe comme en France, que la complexité administrative est un des freins majeurs à la création et au développement des entreprises. Au niveau européen, le Conseil européen a approuvé l’objectif de réduire de 25 % les charges administratives découlant de la législation communautaire et des mesures nationales d’application ou de transposition. Concrètement, il s’agit de soutenir la création d’une nouvelle catégorie de sociétés, les micro-entités qui seraient soumises à un régime comptable particulier les exonérant d’une part significative des obligations.  Les micro-entités seraient définies comme les sociétés qui ne dépasseraient pas deux des trois seuils suivants : Chiffre d’affaires, total du bilan et effectifs calculés en équivalent temps plein. Les structures concernées auraient la possibilité de tenir une comptabilité de nature « super simplifiée » leur permettant éventuellement de tenir une comptabilité en ligne et seraient exonérées de publication de leurs comptes. Les États membres ont bien entendu la faculté de ne pas suivre de telles recommandations conformément à la règle dite de la subsidiarité. Ces possibilités considérées comme utopistes trouvent néanmoins leur application en France, étant donné que la marche vers une simplification entrepreneuriale est largement plébiscitée plus particulièrement pour les plus petites entreprises. Outre, le statut fiscal et social de l’auto-entrepreneur, l’annexe abrégée, la suppression du commissaire aux comptes dans les petites SAS, la suppression du livre d’inventaire, la comptabilité de trésorerie dans les petites sociétés sont autant d’illustrations exprimant la volonté des pouvoirs publics de mise en application de réduire les «charges administratives superflues pesant sur les entreprises». La simplification administrative, ne réduit bien évidement en rien la complexité technique entourant la création d’entreprise en vue d’assurer une pérennité au-delà des trois années d’existence.